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Mon adresse :

Mélanie Léger
Société des Pères de St Jacques
110 Lafleur du Chêne
B.P. 1333
PORT AU PRINCE
HAITI

Mail : melanie.leger@wanadoo.fr

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Mardi 29 mai 2007

… Je suis un enfant.

 « L’enfant peut t’apprendre trois choses : il est joyeux sans raison, il ne reste pas inoccupé un seul instant, quand il veut quelque chose, il l’exige avec force. »
Dov Beer Mezeritch

            Voilà trois vérités importantes que nous apprend l’enfant. Il faut être joyeux, simplement, irrationnellement, spontanément. Ne pas rester inactif car c’est justement par l’acte que la joie vient au monde. Il faut exiger ce que l’on veut, et se battre pour l’avoir. Les bonheurs ne viennent pas tout seuls comme par magie dans les contes de fées, ils s’obtiennent par la force de la volonté et la persévérance.

par Mumule publié dans : mumule
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Lundi 2 avril 2007
"Dans l'année, un seul printemps... et dans la vie, une seule jeunesse".
Simone de Beauvoir


    La vie avance, et soudain voici la maturité qui arrive, les cheveux qui blanchissent, la peau qui se ride : les années ont passé. Qu'aurais-je dû faire ? Justement profiter de ma jeunesse, vivre pleinement, totalement, et en chaque instant jouir de la vie. La jeunesse permet de la vivre dans l'insouciance et la célébration. Faire la fête, voyager, avoir des amis, vivre l'amour. Après, ce sont d'autres joies, qui vont avec le poids des responsabilités : avoir des enfants, travailler, vieillir. Le temps est cruel et irréversible, alors sachons profiter du printemps...

    Je ne vous étonnerais pas si je vous dis que j'aime énormément ce texte ? Alors soyez vous aussi jeunes !
par Mumule publié dans : mumule
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Mardi 20 mars 2007
" Le sage est sage, non moins par folie, mais par plus de sagesse." 
Alain

    On ne devient pas sage par force, ni par ascèse. N'essaie pas de t'amputer vivant de tes folies, de tes espérances, de tes illusions, encore moins de tes désirs ou de tes passions. Apprends plutôt à les comprendre et à les accepter. Ce n'est pas la volonté qui est libre ; c'est la vérité qui libère. Ce n'est pas la passion qui est mauvaise ; c'est l'action qui est bonne. La sagesse est le contraire d'une mortification : un art de jouir et de se réjouir. N'écoute pas les moralistes, ni les misanthropes. Ne t'interdis pas d'espérer, ni de craindre, ni de souffrir : apprends plutôt à connaître, à vouloir et à aimer.
par Mumule publié dans : mumule
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Mercredi 7 mars 2007
    Juste une petite information pour vous dire que vous pouvez consulter mes albums photos sur www.wistiti.fr, en allant sur "galeries photos" en sélectionnant "voyage". Puis, en cherchant une galerie par nom, tapez "mumule25" et vous trouverez mes albums photos. A ce jour, elles ne sont pas en ligne, mais dans quelques jours...
par Mumule publié dans : mumule
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Vendredi 9 février 2007
"Ne pas se moquer, ne pas déplorer, ne pas détester, mais comprendre." Spinoza.

    On ne juge que ce que l'on ne comprend pas. Non, certes, que tout se vaille ! Il y a d'honnêtes gens et des crapules, des sages et des fous, des héros et des lâches, des génies et de crétins, des saints et de salauds. Qu'on préfère les premiers aux seconds, c'est la moindre des choses. Mais nul n'a choisi d'être ce qu'il est, ni ne peut devenir quelqu'un d'autre. Il choisit ses actes ? Bien sûr. Mais en fonction de ce qu'il est, qu'il n'a pas choisi. Il change ? Nous changeons tous. Mais tout changement a ses causes, qui l'expliquent. Ainsi tout est vrai, tout est rationnel, tout est nécessaire. Se moquer d'un fou ? Ce serait être aussi fou que lui. Haïr un méchant ? Ce serait commencer à lui ressembler. Mieux vaut comprendre, lui pardonner, et s'en protéger sereinement. Aimer ses ennemis, ce n'est pas renoncer à les combattre; c'est les affronter sans haine, sans mérpis, sans colère. La vérité et la sérénité vont ensemble; ensemble l'ignorance et la haine.

par Mumule publié dans : mumule
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Jeudi 1 février 2007
Juste une petite information pour les personnes qui souhaitent m'écrire.... ce qui me ferait vraiment plaisir. N'hésitez-pas !

Adresse :
Mélanie LEGER
Société des Prêtres de St Jacques
Num. 110 Lafleur du Chêne
B.P. 1333
Port-au-Prince / Haïti
par Mumule publié dans : mumule
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Mercredi 31 janvier 2007

Je viens d’ouvrir mon agenda et je me rends compte que cela fait déjà 3 mois que je ne vous ai pas écrit ! Je suis IMPARDONNABLE et vous avez le droit de m’en vouloir…

            Bon, Mumule va tâcher de se rattraper en vous dévoilant tous les mystères de ce silence beaucoup trop long.

Avant de m’élancer dans un récit interminable de mes aventures les plus folles mais tout aussi excitantes en Haïti, je voudrais vous souhaiter à tous une belle année remplie d’amour, de joie, de paix et de foi. Que la vie puisse vous réserver de très belles surprises et que cette nouvelle année vous guide sur le chemin du cœur dans les moments de douleur.

Comme vous l’aviez déjà lu, ma vie à Port-au-Prince se résume par différentes activités. Tout d’abord, il y a la Pastorale Universitaire. C’est « un service de l’Eglise Catholique pour le monde universitaire. Elle accueille tous les étudiants de toutes les universités de Port-au-Prince dans un objectif de rencontre, d’échanges et de partage. Sous la tutelle du Père Nérestand, la pastorale universitaire permet en effet aux étudiants de s’exprimer, de s’épanouir en participant à divers projets : Bati Kay, Projet Média, Projet de spectacle en collaboration avec une pastorale des jeunes de Bretagne (France), Chorale, Organiser des journées de réflexion sur le thème de « Responsabilité » et d’ « Engagement », Prière, etc… La pastorale universitaire offre aux étudiants un lieu de rencontre, de partage dans un esprit de foi et de joie. »

Bon, ça, c’est la définition de Mumule à qui on a demandé d’écrire un article en bonne et due forme pour l’insérer dans la lettre destinée aux recteurs et doyens de toutes les universités de Port-au-Prince pour les informer de la reprise des activités de la pastorale. Si on se borne à ce petit résumé, on pourrait croire que l’Eglise catholique d’aujourd’hui se met aux couleurs des jeunes ! Non, mais toute chose est à relativiser, à nuancer quand même …

Certaines activités ont été prévues et réalisées les 28.10 et 11.11, des journées de réflexion sur les thèmes de « responsabilité » et d’ « engagement » des universitaires aujourd’hui en Haïti. Ce furent deux très belles journées…

Ø      Le 28 octobre 2006 :

La journée s’est déroulée ainsi : un petit groupe d’animateurs avait préparé quelques définitions (responsabilité & engagement), quelques proverbes créoles (car le créole haïtien est une langue très imagée, riche en proverbes), quelques pistes directrices de réflexion (les freins à l’engagement, l’invitation à l’engagement, le/les plaisirs dans l’engagement, les dérives de la responsabilité, quelles responsabilités nous confine le fait d’être universitaire aujourd’hui en Haïti ?). A partir de cette ébauche de travail, les étudiants devaient se mettre en petit groupe et réfléchir sur ces questions. Une mise en commun des discussions et débats a ensuite été faite. Et pour clore, un petit mot de synthèse d’André, une petite prière et un chant de joie afin que chacun rentre chez lui le cœur léger et rempli de toutes ces émotions de partage de la journée qui venait de se dérouler.

Ce fut pour moi le premier vrai contact avec les étudiants dans un cadre hors académique, avec mes étudiants aussi. Ce fut vraiment une belle journée : j’ai participé à l’animation de la journée avec Carlo et Djems, aux différents débats, j’ai pris le temps de mieux connaître mes propres étudiants, d’échanger avec eux… Il faut préciser certaines choses cependant. Cette première journée qui rassemblait différents étudiants de différentes universités m’a permis de prendre conscience de la réalité universitaire en Haïti. Si j’aime procéder par une méthode comparative pour comprendre certains phénomènes, il m’a fallu dans ce cas comprendre une chose : assis-toi Mumule, écoute, observe, tais-toi et tu réussiras peut-être à comprendre. En effet, la réalité estudiantine haïtienne est tout autre que celle que j’ai vécue en Europe. En dehors des problèmes économiques du pays, d’infrastructure, d’information, de formation, de moyens, de négligence, de sécurité, de corruption, etc… être universitaire en Haïti reste un privilège. Selon une estimation de certains chercheurs, on compterait entre 5 et 8 % d’étudiants sur la population totale en âge d’aller à l’université ou de suivre une formation équivalente. On pourrait donc conclure rapidement que les personnes qui vont étudier à l’université sont des privilégiés dans la société haïtienne. Oui et non. Oui, car ils ont la chance de bénéficier d’un enseignement universitaire (de qualité ? Ca, c’est une autre question !), soit parce que leur famille peut payer les frais de scolarité qui peuvent être très élevés (comme dans mon université, une université catholique, donc privée !), soit parce qu’ils appartiennent à une quelconque communauté religieuse qui peut payer pour eux. Mais il ne faut pas faire de conclusions trop hâtives car on pourrait se faire de mauvaises idées. Certes, ce sont des privilégiés mais entre les étudiants eux-mêmes, il existe également une nette distinction. Les étudiants de l’université d’Etat et ceux d’universités privées. Prenons un exemple, l’UNDH, mon université. C’est une université privée réputée. Les frais de scolarité sont très élevés. Mes étudiants ont entre 18 et 25 ans en moyenne, alors que l’on trouve très souvent des étudiants d’une bonne trentaine d’années dans d’autres universités. Parmi mes étudiants, on trouve aussi facilement des jeunes de la « diaspora » haïtienne. Ce n’est pas rare que j’entende qu’un ou une étudiant(e) parte à Santo Domingo ou à Miami pour le week end et il/elle vient me trouver en me demandant de bien vouloir lui envoyer le cours par internet (bah voyons !!). Certains aussi viennent avec leur ordinateur portable en cours. Certains sortent de cours parce qu’ils viennent de recevoir un appel international… Parfois, j’hallucine lorsque je fais cours ! Mais je vous en reparlerai plus tard.

Pour revenir sur cette journée de réflexion, je fus très agréablement surprise par la qualité des débats, des prises de conscience de la situation de la part de tous les étudiants… Même si certains se sentent plus engagés, plus responsables que d’autres !

Ø      Le 11 novembre 2006 :

Cette journée fut préparée en réponse à la journée du 28 octobre dans la mesure où la pastorale proposait d’inviter certains professionnels (professeurs, prêtres, psychologues…) pouvant intervenir sur ces notions de « responsabilité » et d’ « engagement » et pouvant susciter un débat au sein des étudiants. Ce fut également une belle journée. Peut-être un bémol cependant : les interventions des conférenciers ont été faites sous l’angle « cours à l’université », ce qui a produit le phénomène très connu des étudiants : je suis les premières minutes et ensuite, je commence à m’endormir. Mais il y eut un vrai débat, de belles remarques et questions, etc… Puis, présentation des diverses activités ou associations estudiantines au sein des différentes universités, une petite messe de clôture et quelques chants. 

Concrètement, voilà ce qui s’est fait depuis mon arrivée au sein de la pastorale universitaire. Mais il y a d’autres projets qui se sont brodés autour de ces deux journées : Projet spectacle 2008 dont j’ai écrit déjà un petit récit dans mon dernier article, Projet d’intégrer la pastorale lors du congrès national des jeunes chrétiens en juillet (C’est un projet qui avance et qui promet d’être vraiment beau… il faudrait que les Français se mettent au travail !), Projet Bati Kay dont Carlo s’occupe beaucoup, projet financé par une organisation chilienne qui permet la construction de maisons pour les personnes qui en ont le plus besoin en province, Projet Média, c’est-à-dire de sensibilisation des étudiants aux différentes activités proposées au sein de la pastorale universitaire dans le seul but de rassembler le plus grand nombre d’étudiants. C’est par exemple la réalisation d’un site internet, d’un court métrage, d’un journal de la pastorale publié chaque mois, d’émissions à la radio, de pièces de théâtre, etc… Bref, du travail pour Mumule !

Mais la pastorale universitaire, c’est aussi mettre un petit pas dans l’institution de l’Eglise et on peut en apprendre, en voir aussi de belles dans cette Eglise catholique qui se dit universelle, tolérante, droite et à qui on aurait presque envie d’accrocher une auréole de sainteté au dessus de la tête. Où est la limite entre politique et religion en Haïti ?

Heureusement qu’il y a Papa André quand même !

 

            L’UNDH. Il faut en effet que je vous parle de mon activité professionnelle, car c’est aussi ma mission première en Haïti (bien que je l’oublie quelques fois lorsque je suis avec les enfants !). A l’université, je dois avouer que je me sens bien. Le travail avec les étudiants est quelque chose que j’aime beaucoup.

            J’ai donc à dispenser 3 cours :

- Méthodologie avec les 1° année.

Ils sont assez nombreux, une soixantaine. C’est un public assez jeune, entre 18 et 20 ans pour la plupart, des jeunes privilégiés mais qui parmi lesquels on retrouve la distinction des catégories sociales. On n’a pas tous la chance d’aller à l’université. Mais lorsque l’on a cette chance, lorsqu’il nous est possible d’étudier, il n’en demeure pas moins que l’on n’a pas tous les mêmes chances de réussites… C’est vrai en Europe, mais encore plus en Haïti. Alors que certains travaillent nuit et week end pour financer leurs études, d’autres vivent aux crochets de leurs parents issus de la diaspora et arrivent à la faculté au volant d’un 4x4 Prado. Je vois de tout : téléphone portable dernier cri, sortir de cours car l’on vient de recevoir un appel international (dans ce cas, l’étudiant sait qu’il ne vaut mieux pas revenir en cours après !), venir avec son ordinateur portable en cours, etc… Alors que d’autres peinent à trouver quelques gourdes (monnaie locale) pour payer leurs photocopies. Concernant l’infrastructure et les moyens mis à la disposition des étudiants, c’est la classe si l’on compare aux autres universités. Les locaux sont agréables, une cour tout aussi sympathique pour fumer sa clope sous les palmiers (ou autre chose d’ailleurs !), une cafétéria tout neuve offrant de bons plats de riz, mais il n’existe pas de bibliothèque ! C’est ça l’UNDH, mieux vaut un bel extérieur qu’un fond de bonne qualité.

Bref, avec mes premières années, le cours se passe bien. Je travaille avec eux sur différents textes que l’on apprend à décortiquer, à analyser, à résumer, à commenter… Et c’est peu dire si parfois je ne m’arrache pas les cheveux. J’essaye toujours de leurs proposer des textes qui les touchent de près : esclavage, M. Luther King, Candide ou de l’optimisme, Dernier jour d’un condamné, histoire politique en Haïti, le Petit Prince, le vaudou… Candide a été une des plus belles analyses que j’ai faite avec eux. Ce fut extraordinaire de leur montrer comment lire entre les lignes d’un texte, de se mettre dans la peau de l’auteur, de commenter, de confronter et d’analyser pour aboutir à la question métaphysique de l’existence humaine ! Ils ont adoré et moi aussi… J’ai été assez déçue sur le texte de René Depestre, un écrivain haïtien, relatif à l’histoire politique du pays. J’aurais aimé arriver à débattre sur le sujet, apprendre d’eux… mais il faut que je travaille encore avec eux sur la notion de « débat » je crois ! L’exercice devait consister à retirer les idées générales du texte, à l’analyser pour ensuite en débattre ensemble ! BOUH ! Débattre à 60 ! Non, mais Mumule !!!!!! J’ai donc procédé autrement : travail en groupe de 3 (dont un modérateur). Ce fut assez intéressant au niveau pédagogique, mais je n’ai pas pu passer dans tous les groupes, prendre le temps de les écouter, d’analyser leur débat, leur méthode… Mais c’était un beau moment.

Les examens arrivent et je leur ai donné un premier examen sur table. Ils étaient prévenus 2 semaines à l’avance : lire le Petit Prince pour l’examen. L’examen en lui-même comportait 3 parties : 1- L’auteur (écoutent-ils ce que je dis en cours ? ont-ils eu le réflexe d’aller chercher qui était l’auteur ?) ; 2- Résumé de l’œuvre ; 3- Réflexions personnelles sur l’œuvre et sur les idées qui en ressortent.

Je ne sais pas encore ce qui va m’attendre lorsque je vais lire leur copie… Mais la surveillance de l’examen fut assez drôle ! Je leurs avais donné les règles de l’examen : une seule copie blanche sur la table, œuvre autorisée, un crayon, téléphone éteint, etc… Bref, je leurs avais expliqué que moi aussi j’avais été étudiante avant eux et que je connaissais les plans de triche ! Ils m’ont répondu : « Oui, Mélanie, mais vous n’avez pas été étudiante en Haïti ! » J’ai ri ! C’est une réponse que l’on trouve assez souvent ici. Les Droits de l’Homme, oui, c’est bien, mais pas en Haïti ! Ah bon ? En 3h de temps d’examen, j’ai ramassé avec un sourire ironique et joueur 8 pompes (des textes qu’ils avaient chopés sur internet et qu’ils comptaient recopier le jour de l’examen) ! J’irais plus vite pour corriger certaines copies !

- Introduction au droit avec les 2° année.

Ils sont une trentaine. C’est un public que j’apprécie vraiment. Ils sont intéressés par ce que je dis, participent vraiment, posent beaucoup de questions, etc… Ce n’est pourtant pas si évident de captiver des étudiants sur des questions de droit dans un pays instable depuis son Indépendance (1804), qui ne connaissent donc pas ce qu’est un Etat de droit.

C’est un cours dans lequel j’ai très vite compris qu’il fallait laisser mon plan de côté pour me recadrer sur leurs connaissances, sur leurs intérêts, sur leurs questions. Dans ce cours, je fonctionne ainsi : je leurs pose une question, j’écris un mot ou une expression au tableau (ex : Droits de l’Homme) et puis, ils me disent ce qu’ils en savent. Ca part un peu dans tous les sens au début mais j’arrive à gérer toutes les questions, toutes les remarques. J’apporte au fur et à mesure des connaissances techniques de droit (définitions, concepts, théories, doctrine, jurisprudence…). Et je consacre la dernière heure du cours à thématiser tout ce que l’on a dit ensemble. Alors, forcément, je ne traite pas de tout en profondeur avec eux, je ne les gave pas de toutes les connaissances juridiques fondamentales que l’on peut ingurgiter en première année de droit en Europe, mais je sais au moins qu’ils auront compris (avec leurs mots) ce que veut dire « Droit ».

Souvent, je me dis que je n’avance pas dans ce cours. Mais on a malgré tout traiter des principes constitutionnels du système haïtien (on a lu la Constitution, premier texte de droit qu’ils ont lu !), l’organisation judiciaire et administrative en Haïti, les principes de droit, les sources de droit, la hiérarchie des normes, la DUDH… On a vu quelques trucs quand même qui me permettront de trouver matière à examen.

Mais le plus intéressant avec eux, ce fut un travail assez original : la mise en scène d’un procès sur la question de la peine de mort. L’initiative du projet fut une initiative commune dans la mesure où, de part l’actualité internationale, des questions relatives à l’affaire de Sadam Hussein abondaient de toutes parts. J’avais alors proposé d’organiser une journée tous ensemble, une journée détente, en dehors des locaux de la faculté, mais cadrée, sur le thème de la peine de mort. Une journée qui serait la leurs, qu’ils devaient donc organiser par eux-mêmes. Une motivation débordante fut mon premier constat. Les étudiants venaient me harceler de questions pour connaître un peu mieux comment pouvait se dérouler un procès, où aller chercher les informations, comment organiser son travail de recherche, etc… Un mois de travail pour une journée que l’on avait programmée à Furcy, le 17.12.06, juste avant les vacances de Noël. J’étais vraiment contente d’eux, j’étais excitée à l’idée de voir ce qu’ils m’avaient préparé… Mais Mumule, tu es en Haïti ! Il ne faut pas s’imaginer que tout puisse fonctionner comme en Europe, même pour un petit projet comme celui-là ! Comme dirait André, « Mélanie, il est temps que tu saisisses la réalité haïtienne ! » Bien, cette journée fut annulée en raison de la situation d’insécurité qui régnait durant cette période. Et pour cause : on comptait jusqu’à 7 kidnappings d’enfants, d’écoliers ou d’étudiants par jour, officiellement ! La faculté a due même fermer ses portes une semaine plus tôt que prévue en raison de lettres de menaces de kidnappings d’étudiants au sein de l’UNDH. Toute la ville avait peur… sauf Mumule, au grand désespoir de certains !

Première déception : un sentiment d’injustice, de colère, d’impuissance et de révolte intérieure. Je ne sais pas si vous pouvez vous imaginer mais une ville comme Port-au-Prince, qui compte environ 2 millions d’habitants, sombre dans la peur au quotidien, à chaque instant de la journée et de la nuit… à cause de quelques uns seulement ! Insécurité au quotidien, sentiment d’emprisonnement permanent, des projets qui s’écroulent, des enfants que l’on kidnappe, des parents désarmés, etc…

Mumule ne le savait pas encore, mais ce ne fut là qu’une petite déception, qu’une petite difficulté, qu’une toute petite injustice, comme une sorte de test d’adaptation face aux circonstances extérieures.

A la rentrée, nous avons décidé de reporter cette journée du fait que la situation était devenue calme, beaucoup plus paisible. Révisions pour certains, encore un peu de travail… Tout le monde était prêt. Il n’y avait apparemment aucun obstacle pour que l’on puisse enfin réaliser cette journée. Et bien si ! Non, mais c’est pas drôle si c’est trop facile !

Deuxième déception : la veille, un refus catégorique du vice doyen pour la réalisation de la journée. Ah bon ?!? No stress Mumule, il faut juste s’adapter, prendre les choses comme elles viennent et avant tout, prendre le temps de se calmer, de se poser et de se dire qu’il n’existe que des solutions, et non des problèmes. Je décide donc d’aller voir le vice doyen pour que l’on puisse s’expliquer, pour tenter de trouver ensemble, avec les étudiants, une solution. Mumuuuuuule !!!!!! Non, mais tu es vraiment naïve !

Pour résumer le problème : il était demandé à chaque étudiant une participation de 150 gourdes (1€ = 50 gourdes) pour les frais de déplacement. Comme toujours en Haïti, on ira jusqu’au bout pour voir si l’on ne peut pas trouver un quelconque moyen de financement. Certains étudiants sont donc allés voir le vice doyen pour demander si l’université ne pouvait pas aider à financer cette sortie. Et là, c’est le drame, tout vient de s’écrouler : un « non » définitif ! Mumule va chercher à comprendre… Bon, tout ce que j’ai pu comprendre, c’est qu’il voulait réaffirmer sa place d’administrateur, de « chef qui prend des décisions » ! Durant notre entrevue, j’ai pu tout entendre : l’université n’a pas d’argent, ma pédagogie ne convient absolument pas à la pédagogie voulue et recherchée par l’UNDH (sa réputation avant tout !), je n’ai pas les compétences souhaitées, mon cours d’introduction au droit doit passer avant tout par l’enseignement du droit des successions, du droit de la famille, du droit des obligations, du droit de propriété, affectation de poste qui sera remise en question, etc… Bref, toute une série d’aberrations pour Mumule. Une entrevue durant laquelle je n’ai pu placer un mot (surtout que je ne voulais en aucun cas lui couper la parole pour ne pas perdre mon sang froid), à la vue des étudiants qui voulaient prendre ma défense (ce n’était pas une bonne idée ! Certains m’ont appelé le lendemain pour savoir comment j’allais et qu’il ne fallait pas que je doute de leur soutien par rapport à notre projet !) et qui s’est soldée par un « non, c’est moi qui prend les décisions, c’est comme ça ». J’ai pu quand même lui signaler qu’il avait participé au processus de décision d’accueillir des professeurs européens qualifiés et qu’il s’engageait de ce fait à accepter la différence de méthode, de point de vue, dans le seul but d’offrir aux jeunes étudiants un enseignement digne d’être reconnu au niveau international et avant toute chose, de leurs permettre de développer un esprit critique.

Bref, Mumule s’énerve, déballe tout ce qu’elle a à dire (Merci Shiller de m’avoir supporté) et décide donc d’écrire au vice doyen, ainsi qu’au doyen, afin de déterminer un rendez-vous pour résoudre le problème assez rapidement… Mais bon, comme toujours en Haïti, il faut être très patient.

Avec mes étudiants, nous tenons vraiment à faire ce procès, et nous le ferons dans les locaux mêmes de la faculté. La date est prévue le 13.02… Aura-t-il réellement lieu ?

- Problèmes politiques contemporains avec les 2° année.

Ils ne sont que 6 étudiants dans la mesure où c’est un cours qui est dispensé pour ceux qui se destinent vers une filière en sciences politiques. C’est un cours dans lequel je me sens vraiment bien. Il n’y a jamais de problème, les étudiants sont très intéressés, participent énormément, prennent beaucoup d’initiatives, etc… On avance vraiment bien.

Le cours se déroule plus sous une forme de question-réponse, de débat, de confrontation. Nous étudions une idéologie politique et nous en discutons. J’insiste cependant sur une méthode comparative, ce qui est absolument génial car cela permet, pour eux comme pour moi, un échange très riche et un pas toujours plus grand vers la compréhension de nos systèmes politiques : pourquoi cette situation, les causes, les conséquences, redéfinir ensemble ce qu’est le « sentiment national », la « démocratie », rechercher les différences et les similitudes, savoir écouter l’autre. Et puis, les comparaisons nous aident à mieux comprendre les autres et à mieux nous comprendre nous-mêmes – à observer ce qu’ils font et ce qu’ils croient, et ce que nous faisons et croyons. Il est toujours utile de mieux comprendre quelque chose. Il est également important de comprendre, parce qu’il nous est impossible de changer quoi que ce soit sans le comprendre. Comparer nous aide donc à la fois à mieux comprendre ce que nous faisons et ce que nous croyons, et à admettre l’existence d’autres manières d’agir et de croire qui peuvent être utiles.

Ils ont du mal à comprendre la comparaison mais, s’ils ne s’en rendent pas encore tout à fait compte, leurs critiques face à la situation politique en Haïti ont déjà beaucoup évolué : je perçois enfin un débat construit, argumenté. Et puis, ça fait longtemps qu’ils m’ont dit : « Mais Mélanie, Haïti a besoin d’un Duvalier pour retrouver le calme ! » … Mais je me suis surprise plusieurs fois à penser cela aussi. Il faut un chef d’Etat très fort, dictateur ?, pour canaliser ce peuple haïtien, un peuple imprévisible, calme en apparence seulement, marqué par les profondes blessures d’un passé, d’une histoire déchirante, sanglante, un peuple qui est condamné à espérer, qui porte en lui également toute une série de contradictions (Haïti chérie, je t’aime, mais je veux te quitter) … mais un peuple réellement attachant.
 

A l’UNDH, je participe également aux activités de recherche, de conférences. Par exemple, le 11 décembre, il a été organisé une journée conférence-débat pour l’occasion du 58° anniversaire de la DUDH, en collaboration avec la section des Droits de l’Homme de la Minustah (ONU). D’autres projets de recherche sont en cours : formation des fonctionnaires de l’Etat dans les collectivités territoriales, projet de licence « résolution de conflits et construction de la paix », projet d’étude sur le phénomène des étudiants haïtiens en République Dominicaine.

Un travail à l’UNDH marqué par certaines difficultés qu’il me faut apprendre à maîtriser mais, et c’est aussi pour cela que je suis venue en Haïti, une relation, un échange avec les étudiants très riche et qui m’est cher … Et c’est pour eux que je trouve le courage, la volonté de me donner les moyens d’avancer dans mon travail à l'université.

par Mumule publié dans : mumule
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